UCHRONIE ou le temps recomposé !
Uchronie est un mot barbare qui effarouche tous ceux qui n'en possèdent pas la définition. On reconnaît bien la racine chronos, le Temps, mais ce « U » ? Il signifie « non », « ce qui n'existe pas ». Comme Utopie, lieu qui est nulle part. L'uchronie, est donc un temps imaginaire, une autre Histoire que celle que nous connaissons. Ceux, intéressés peu ou prou à l'Histoire de l'humanité, se sont, un jour ou l'autre, rendus compte qu'il s'en était fallu d'un rien pour que les événements historiques ne soient pas ceux que nous apprenons dans les manuels scolaires. Genre : Le maréchal Ney aurait-il mieux compris les ordres de Napoléon que celui-ci aurait gagné à Waterloo. La bombe atomique aurait été allemande que la seconde guerre mondiale aurait basculé du côté de l'Axe.
Le passé est l'agglomérat d'une somme infinie de faits et de gestes, susceptibles d'être différents ou n'ayant jamais existé. On constate immédiatement l'incommensurable terrain fertile à l'imagination des "auteurs uchroniques" !
La grande question qui régit toute la science-fiction prend alors toute son ampleur : ET SI ?
La SF conventionnelle explore le plus souvent notre futur en se posant sans cesse cette question : et si nous n'étions pas seuls dans l'univers, et si une guerre atomique survenait, et si les robots se révoltaient un jour, etc. L'uchronie est son alter-ego pour le passé. On voit immédiatement la multitude d'angles d'attaques que l'on nomme "points de divergence". A ces instants précis, les faits se déroulent différemment de ceux que nous connaissons, et, très vite, des conséquences historiques divergentes en découlent. Ces divergences peuvent s'accélérer, s'écarter, au point de plus reconnaître notre société actuelle. Là est tout le jeu de l'auteur qui devient le maître du Temps et qui réécrit l'Histoire dans une nouvelle version, toute personnelle.
On s'aperçoit aussi que si certains points de divergence impactent l'ensemble de la planète, il est beaucoup moins sûr, - pour reprendre le célèbre exemple de la défaite ou non de Napoléon à Waterloo - qu'un tel changement affecte profondément la société chinoise de l'époque. Il est intéressant de constater que les points de divergence ne sont pas les mêmes suivant la nationalité des auteurs. Chacun aura a cœur de montrer que son Histoire est la plus importante de notre monde. Pour les USA, plus que Napoléon, on imagine sans peine que leur uchronie la plus évidente est celle du Sud triomphant de la guerre de Sécession.
Certains petits malins seraient tenter de m'argumenter que tous les romans historiques sont autant d'uchronies puisqu'ils mettent en scène des personnages inventés et qui s'immiscent dans des faits historiques, au point d'y participer activement. Que nenni ! Même si les auteurs de romans historiques prennent quelques libertés avec les faits, globalement, ils ne changent rien à l'Histoire telle que nous la connaissons.
Cela m'amène à un courant littéraire appelé le Steampunk. Dédié à la vapeur, il nous montre généralement un XIXe ou début XXe, d'inspiration victorienne, où l'essor industriel prend une voie différente de la nôtre en matière d'énergie et avance l'introduction temporelle de certains objets, comme par exemple l'ordinateur. De nombreux auteurs anglos-saxons s'y sont essayés avec succès ainsi que des auteurs français dont certains sont présents dans ce recueil. L'uchronie est certes présente mais, ciblée sur une seule époque, elle ne reste qu'un prétexte à des aventures épiques mettant en scène des machines nouvelles, souvent monstrueuses.
Alain Grousset